À qui profite la maladie ? Comment le capitalisme casse la santé - et comment on la répare
28,6 semaines d'attente. 23 746 morts sur les listes. 428 676 Québécois·es parti·e·s des urgences sans soins. Le système de santé n'est pas brisé parce qu'il est public - il est brisé parce qu'on l'a affamé pour le privatiser.
- Comment on en est arrivé là : brève histoire d'un sabotage
- Le diagnostic : 6 chiffres qui font mal
- Mythe 1 : « Le privé, c'est plus efficace »
- Ce qu'on nous dit
- La réalité
- Mythe 2 : « Laisser les riches aller au privé libère des places dans le public »
- Ce qu'on nous dit
- La réalité
- Mythe 3 : « On n'a pas les moyens d'un système entièrement public »
- Ce qu'on nous dit
- La réalité
- Mythe 4 : « Les listes d'attente sont inévitables - tous les systèmes publics en ont »
- Ce qu'on nous dit
- La réalité
- Mythe 5 : « La pénurie de médecins est une fatalité démographique »
- Ce qu'on nous dit
- La réalité
- Mythe 6 : « Le système de santé le plus cher doit être le meilleur »
- Ce qu'on nous dit
- La réalité
- Mythe 7 : « La santé publique = socialisme = échec garanti. On l'a essayé, ça ne marche nulle part. »
- Ce qu'on nous dit
- La réalité
- Mythe 8 : « L'immigration surcharge le système de santé »
- Ce qu'on nous dit
- La réalité
- Les causes structurelles : pourquoi le système craque
- 1. Le sous-financement organisé
- 2. La financiarisation des soins
- 3. Le numerus clausus et le plafonnement de la formation
- 4. La dépendance au privé dans la chaîne d'approvisionnement
- 5. L'inégalité comme maladie
- Comment le capitalisme fabrique la maladie - puis vend le remède
- Boucle 1 : Court terme - « Manger ou se soigner »
- Boucle 2 : Moyen terme - Éviter les soins, aggraver la maladie
- Boucle 3 : Long terme - La santé liée à l'emploi, ou l'art de vous tenir par le portefeuille
- Boucle 4 : Fabriquer le problème, breveter la solution, maximiser la rente
- Boucle 5 : Privatiser la prestation en gardant le financement public
- Le cercle vicieux : la mort comme produit dérivé
- Les conséquences à court, moyen et long terme - synthèse
- Le programme pour Montréal : 7 propositions concrètes
- 1. Plan de recrutement et de formation massif (anti-numerus clausus)
- 2. Suppression des intermédiaires parasites
- 3. Redéploiement massif vers le primaire et la prévention
- 4. Assurance médicaments publique universelle (régime unique)
- 5. Soins à domicile et longue durée gratuits
- 6. Démocratisation de la gouvernance
- 7. Santé comme droit constitutionnel
- Le lien avec nos simulateurs
- Conclusion
- Données canadiennes et québécoises
- France et numerus clausus
- Comparaisons internationales
- Privatisation et preuves
- Pharmaceutiques et financiarisation
- Histoire
- Cadres conceptuels
En 1962, les médecins de la Saskatchewan ont fait la grève.
Leur revendication ? Ne pas être payés par l'État.
Ils manifestaient contre le premier système d'assurance-maladie universel en Amérique du Nord, lancé le 1er juillet 1962 par le gouvernement CCF de Tommy Douglas - un pasteur baptiste socialiste qui allait être élu « plus grand Canadien de l'histoire » 42 ans plus tard. Les docteurs brandissaient des pancartes : « La médecine socialiste, c'est la fin de la liberté. »
60 ans plus tard, le Canada dépense 30 % de moins par habitant que les États-Unis pour des résultats de santé meilleurs sur presque tous les indicateurs. L'espérance de vie canadienne dépasse l'américaine de 3,5 ans. La mortalité évitable est 40 % plus basse. Et personne - personne - ne fait faillite parce qu'il a eu un cancer.
Pourtant, le système est en crise. Et les mêmes voix qui criaient au « socialisme » en 1962 crient aujourd'hui à la « privatisation nécessaire ».
Ce texte n'est pas un éloge du statu quo. Le système de santé canadien est cassé - 28,6 semaines d'attente médiane, 23 746 patients morts sur des listes d'attente en 2024-2025, 428 676 Québécois·es parti·e·s des urgences sans avoir vu un médecin. Mais la question n'est pas « public ou privé » - c'est « à qui profite la maladie ? »
Si votre maison brûle et que les pompiers mettent 28 semaines à arriver, le problème n'est pas que les pompiers sont publics. Le problème, c'est qu'on a coupé leur budget pendant 30 ans.
Comment on en est arrivé là : brève histoire d'un sabotage
1962. Saskatchewan. Tommy Douglas, un premier ministre provincial socialiste, lance le premier régime public d'assurance-maladie en Amérique du Nord. Les médecins déclenchent une grève de 23 jours. Ils perdent. Le modèle est adopté par le fédéral en 1968, puis par toutes les provinces.
Le Canada venait d'inventer un truc que même les Américains rêveraient d'avoir : tu vas chez le médecin, tu montres ta carte soleil, tu reçois des soins. Zéro facture. Zéro faillite.
1990s. Le virage du déficit. Les gouvernements fédéral et provinciaux commencent à réduire les transferts en santé. Fermetures de lits d'hôpitaux. Gel des admissions en médecine. Coupes dans les soins à domicile. Le mantra : « faire plus avec moins ». Spoiler : on ne peut pas faire plus avec moins. On fait moins avec moins.
2020. COVID-19. Le système, déjà exsangue après 30 ans de coupes, prend le choc de plein fouet. Les infirmières quittent en masse (burnout, salaires gelés, conditions de travail intenables). Les listes d'attente explosent. Et comme par hasard, les mêmes qui ont voté les coupes depuis 30 ans se mettent à dire : « Vous voyez ? Le public ne fonctionne pas. Il faut privatiser. »
C'est l'équivalent de crever les pneus d'une ambulance, puis de dire que le problème, c'est que les ambulances sont lentes. C'est une stratégie qui a un nom : starve the beast - affamer la bête publique, puis pointer du doigt son cadavre en disant « vous voyez, l'État ne marche pas ».
Le système de santé canadien n'est pas en crise parce qu'il est public. Il est en crise parce qu'on a passé 30 ans à le sous-financer pour « prouver » qu'il fallait le privatiser.
Le diagnostic : 6 chiffres qui font mal
Avant de débunker les mythes, regardons l'ampleur du carnage :
| Indicateur | Donnée | Source |
|---|---|---|
| IndicateurAttente médiane (référence → traitement) | Donnée28,6 semaines - 208 % de plus qu'en 1993 (9,3 semaines) | SourceInstitut Fraser 2025 |
| IndicateurPatients morts sur liste d'attente | Donnée23 746 en 2024-2025 (chiffre incomplet) | SourceSecondStreet.org |
| IndicateurQuébécois·es parti·e·s des urgences sans soins | Donnée428 676 (11,6 % des visites) en 2024 | SourceCBC / Radio-Canada |
| IndicateurÉcart d'espérance de vie Montréal (riches vs pauvres) | Donnée10 ans entre quartiers | SourceSanté publique Montréal |
| IndicateurMédecins québécois passés au privé | DonnéeNombre record en 2024 | SourceMontreal Gazette |
| IndicateurCoût admin santé aux États-Unis vs Canada | Donnée34,2 % vs 17 % des dépenses | SourceAnnals of Internal Medicine |
Attente médiane (référence → traitement)
Patients morts sur liste d'attente
Québécois·es parti·e·s des urgences sans soins
Écart d'espérance de vie Montréal (riches vs pauvres)
Médecins québécois passés au privé
Coût admin santé aux États-Unis vs Canada
28,6 semaines. C'est plus de six mois. Si vous vous blessez aujourd'hui, vous verrez un spécialiste à peu près en même temps que vous terminerez votre prochain binge-watch de Breaking Bad - deux fois. Pendant ce temps, votre état s'aggrave, votre douleur chronique devient une invalidité, votre anxiété devient une dépression.
23 746 morts. C'est l'équivalent de la population entière de Saint-Eustache qui disparaît chaque année, assise dans un salon à attendre un appel qui n'est jamais venu. Et ce chiffre est sous-estimé : il exclut l'Alberta, une partie du Manitoba, et les régions qui n'ont pas suivi leurs listes d'attente.
10 ans d'écart d'espérance de vie. À Montréal, un homme né dans un quartier riche de Westmount vivra en moyenne 10 ans de plus qu'un homme né dans un quartier pauvre de Montréal-Nord. Dix ans. Ce n'est pas un problème de génétique. C'est un problème de code postal.
Mythe 1 : « Le privé, c'est plus efficace »
Ce qu'on nous dit
« L'État est bureaucratique et inefficace. Le marché privé optimise, innove, et réduit les coûts. Confions la santé au privé et les listes d'attente vont fondre. »
La réalité
C'est le mythe fondateur. Et il est démontable en un seul chiffre : 34,2 % contre 17 %.
Aux États-Unis - le système de santé le plus privé du monde développé - 34,2 % des dépenses de santé partent en administration : facturation, marketing, refus de remboursement, paperasse d'assurance, primes de PDG. Au Canada, avec son système à payeur unique, ce taux est de 17 % (Annals of Internal Medicine, 2020).
Concrètement : pour chaque dollar dépensé en santé aux États-Unis, 34 cents partent en bureaucratie privée. Le système de santé américain emploie plus de gens pour refuser des soins que pour en donner.
Et le résultat ? Les États-Unis dépensent 2,5 fois plus par habitant que la moyenne de l'OCDE (12 555 $ vs ~5 000 $), pour une espérance de vie de 78,4 ans - 2,7 ans SOUS la moyenne de l'OCDE (OECD Health at a Glance 2025). La mortalité évitable est de 217 pour 100 000 aux États-Unis contre 145 en moyenne OCDE.
Le « marché » de la santé est le seul marché au monde où plus on dépense, moins on obtient. C'est un Death Star : coût faramineux, résultats décevants, et une bureaucratie massive pour justifier son existence.
C'est Star Wars à l'envers : le privé construit l'Étoile de la Mort (coût astronomique, résultats catastrophiques), pendant que les petits vaisseaux publics font le travail avec des miettes.
Mythe 2 : « Laisser les riches aller au privé libère des places dans le public »
Ce qu'on nous dit
« Si les gens qui en ont les moyens vont se faire soigner au privé, ça désengorge le public. Tout le monde est gagnant. »
La réalité
Ce mythe est l'un des plus dangereux parce qu'il sonne presque raisonnable. Il est aussi empiriquement faux.
L'introduction d'un système privé parallèle ne réduit pas les délais d'attente dans le système public. Elle les allonge. Pourquoi ? Parce que le privé ne crée pas de nouveaux médecins par magie - il aspire les mêmes médecins, infirmières et anesthésistes du système public, qui était déjà en pénurie (CMA, 2024 ; PMC, 2006).
Le privé n'ajoute pas des ressources au système. Il se branche en parasite sur le bassin de main-d'œuvre du public.
Résultat documenté au Québec : des médecins passent au privé, facturent 200 $ la visite (non-couverte par la RAMQ), et pendant ce temps-là, leurs anciens patients du public attendent encore plus longtemps parce qu'il y a encore moins de médecins disponibles. En 2024, un nombre record de médecins québécois ont abandonné le public pour le privé (Montreal Gazette, 2024).
Ironie suprême : la proposition du gouvernement du Québec de transférer les patients qui attendent depuis >1 an vers des cliniques privées à but lucratif a été accompagnée de l'aveu explicite que cela coûterait PLUS cher aux contribuables (Montreal Gazette, 2024). On privatise les profits, on socialise les coûts - le beurre, l'argent du beurre, et la crémière.
Le privé en santé, c'est comme un canot de sauvetage qui vient « aider » un navire en détresse en embarquant d'abord les premiers ministres et les PDG, puis en recrutant les marins du navire public pour ramer.
Mythe 3 : « On n'a pas les moyens d'un système entièrement public »
Ce qu'on nous dit
« Le système public est un gouffre budgétaire. Regardez le déficit - on n'a tout simplement pas l'argent pour financer la santé publique correctement. »
La réalité
Le Canada dépense moins pour sa santé que presque tous les pays comparables. En 2023, les dépenses totales de santé représentaient 12,2 % du PIB - en dessous de la France (12,4 %), de l'Allemagne (12,9 %), des Pays-Bas (11,2 %)... et très loin des États-Unis (17,3 %). (OCDE, 2024)
Et si on parle du Québec spécifiquement : le budget santé 2024-2025 est de *~60 G, soit environ 38 % du budget provincial. C'est beaucoup ? Oui. Mais c'est aussi le prix d'une population en santé.
La question n'est pas « a-t-on les moyens ? » - c'est « où va l'argent ? » Actuellement, une part croissante va aux agences de placement privées qui louent des infirmières à l'hôpital public à 200 $ l'heure (3-4× le salaire normal), aux cliniques privées qui facturent la RAMQ pour des chirurgies simples, et aux firmes de consultants (McKinsey, Deloitte) payées pour « optimiser » le système. On privatise la prestation tout en gardant le financement public - la pire combinaison possible.
Et si vous pensez que c'est déjà le pire, attendez de voir Taïwan. L'île de 23 millions d'habitants gère un système de santé à payeur unique (National Health Insurance) depuis 1995, avec moins de 7 % du PIB. Résultat : couverture universelle, carte à puce unique qui contient tout le dossier médical, et une satisfaction publique de 85 % (Commonwealth Fund, 2024).
Quand Taïwan peut couvrir tout le monde pour 7 % du PIB, la question n'est pas « a-t-on les moyens du public ? » - c'est « combien d'intermédiaires parasites on tolère avant de dire stop ? »
Mythe 4 : « Les listes d'attente sont inévitables - tous les systèmes publics en ont »
Ce qu'on nous dit
« Les listes d'attente, c'est le prix à payer pour un système universel. Même le NHS au Royaume-Uni a des listes d'attente monstres. On ne peut pas tout avoir. »
La réalité
Les listes d'attente ne sont pas une loi de la nature. Ce sont le résultat direct de décisions budgétaires.
Regardons les données du Commonwealth Fund Mirror Mirror 2024 - le classement le plus respecté des systèmes de santé :
| Rang | Pays | Accès aux soins | Résultats |
|---|---|---|---|
| Rang1 | PaysAustralie | Accès aux soinsExcellent | RésultatsExcellent |
| Rang2 | PaysPays-Bas | Accès aux soinsExcellent | RésultatsExcellent |
| Rang3 | PaysRoyaume-Uni | Accès aux soinsBon | RésultatsBon (mixte) |
| Rang... | Pays... | Accès aux soins... | Résultats... |
| Rang10 | PaysÉtats-Unis | Accès aux soinsDernier | RésultatsDernier |
1
2
3
...
10
Le Canada, qui n'apparaît pas dans le top 3, souffre spécifiquement d'un sous-financement chronique des soins primaires et de la prévention - pas d'un excès de public.
L'Australie a un système mixte public-privé - mais avec une couverture universelle obligatoire. Les Pays-Bas ont un système d'assurance privée obligatoire - mais strictement régulé et sans but lucratif. Le Royaume-Uni a un NHS 100 % public qui, malgré 15 ans de coupes conservatrices, reste dans le top 3 mondial.
Le point commun des systèmes performants n'est pas la propriété privée ou publique. C'est l'absence d'obstacles financiers aux soins et un investissement soutenu dans la prévention.
Et pour ceux qui pointent les listes d'attente du NHS : oui, elles sont longues. Mais elles ne le sont pas devenues par hasard. Elles ont explosé après 2010, quand le gouvernement Cameron a imposé l'austérité la plus sévère depuis la guerre. Les coupes cumulées du NHS sont estimées à 40 milliards de livres entre 2010 et 2024.
Les listes d'attente ne sont pas le symptôme d'un échec de la médecine publique. Elles sont le symptôme d'un succès de l'austérité.
Mythe 5 : « La pénurie de médecins est une fatalité démographique »
Ce qu'on nous dit
« Les baby-boomers prennent leur retraite, il n'y a simplement pas assez de médecins. Ce n'est la faute de personne. »
La réalité
Ce mythe a un nom, un chiffre, et un pays qui l'a inventé : le numerus clausus français.
(Petite note : l'expression que vous cherchez est bien « numerus clausus », du latin « nombre fermé ». C'est le système qui a plafonné le nombre de places en première année de médecine en France pendant plus de 50 ans.)
Instauré en 1971, le numerus clausus limitait le nombre d'étudiants admis en médecine - officiellement pour « contrôler les dépenses », officieusement pour préserver le statut et les revenus de la profession. Résultat : la France a formé trop peu de médecins pendant 50 ans, créant des « déserts médicaux » où des millions de personnes n'ont aucun médecin de famille à moins de 30 minutes de route.
La France compte aujourd'hui 241 255 médecins (357,9 pour 100 000 habitants) - un chiffre correct en moyenne, mais avec des inégalités territoriales criantes. Le numerus clausus n'a été remplacé par le « numerus apertus » qu'en 2019... et n'est complètement démantelé que depuis juin 2025 (Loi Neuder).
50 ans de retard. Une génération entière de médecins qui n'ont jamais existé.
Au Québec, le même mécanisme existe : les quotas d'admission en médecine sont fixés par le gouvernement, et ils ont été gelés ou réduits pendant des décennies. Le nombre de places en médecine familiale n'a pas suivi la croissance démographique. Et pendant ce temps, on nous dit que « c'est la démographie ».
La démographie, c'est un facteur. Mais un plafond administratif volontaire sur la formation des médecins, ce n'est pas de la démographie - c'est de la politique.
On ne peut pas se plaindre de la pénurie d'eau tout en fermant volontairement les robinets depuis 50 ans. Le numerus clausus, c'est le robinet fermé qu'on accuse ensuite de ne pas couler.
Mythe 6 : « Le système de santé le plus cher doit être le meilleur »
Ce qu'on nous dit
« Les États-Unis ont la meilleure médecine du monde - c'est pour ça qu'elle coûte cher. Les gens viennent du monde entier se faire soigner là-bas. »
La réalité
Ah oui, le « tourisme médical » comme argument. Puisqu'on parle de tourisme : les Américains vont se faire soigner à Cuba. Oui, Cuba.
Cuba dépense 558 $ par habitant en santé - soit 1/15e du budget américain - et obtient des résultats comparables ou supérieurs sur les indicateurs de santé de base (espérance de vie, mortalité infantile, couverture vaccinale). Pas à cause d'une technologie supérieure - parce que le système cubain investit massivement dans les soins primaires et la prévention, avec un médecin de famille par quartier qui connaît ses patients.
Et les vrais touristes médicaux ? Ils ne vont pas aux États-Unis pour le système. Ils vont à la Mayo Clinic, à Cleveland, à Johns Hopkins - des îlots d'excellence dans un océan de médiocrité administrative. Le touriste médical saoudien qui paie 500 000 $ pour une chirurgie cardiaque ne compense pas les 500 000 Américains qui font faillite chaque année à cause de factures médicales.
Le coût américain est gonflé par :
- L'administration (34,2 % comme on l'a vu)
- Les intermédiaires : assureurs, PBMs (Pharmacy Benefit Managers) qui négocient les prix des médicaments au nom des assureurs mais se servent au passage - la FTC les a poursuivis en septembre 2024 pour avoir artificiellement gonflé le prix de l'insuline pour maximiser leurs profits
- Le marketing pharmaceutique : les laboratoires américains dépensent plus en publicité qu'en R&D
- Les prix : l'insuline qui coûte 10 $ à produire se vend 300 $ aux États-Unis. Même médicament. Même usine. Ailleurs, elle est plafonnée.
Le système de santé américain n'est pas cher parce qu'il est bon. Il est cher parce qu'il y a une armée de parasites entre vous et votre médecin, et chacun prend sa commission. C'est la bureaucratie privée la plus coûteuse de l'histoire humaine.
Mythe 7 : « La santé publique = socialisme = échec garanti. On l'a essayé, ça ne marche nulle part. »
Ce qu'on nous dit
« La médecine socialiste, c'est la bureaucratie, les pénuries, les listes d'attente. Tous les pays qui ont essayé ont échoué. Le capitalisme a sorti des millions de gens de la pauvreté. Confions-lui la santé. »
La réalité
Ce mythe est le verrou idéologique ultime. C'est celui qui fait qu'on peut regarder un système qui fonctionne et dire « c'est un échec », et regarder un système qui échoue et dire « c'est un succès ». Démontons-le en 5 points :
1. La « médecine socialiste » a sauvé des millions de vies. Le NHS britannique, crée en 1948 par un gouvernement travailliste, a réduit la mortalité infantile de 50 % en 10 ans. L'assurance-maladie canadienne a éliminé la faillite médicale. Le système cubain a les mêmes résultats que les États-Unis pour 1/15e du coût.
2. Le capitalisme n'a pas « sorti des millions de gens de la pauvreté » - la redistribution et la régulation l'ont fait. L'État-providence d'après-guerre (sécurité sociale, santé publique, éducation gratuite) est ce qui a sorti les classes populaires occidentales de la misère - et c'était explicitement un compromis entre capitalisme et socialisme inspiré par la peur que la classe ouvrière ne vote communiste.
3. Le problème n'est pas « santé publique vs santé privée » - c'est « santé comme droit vs santé comme marchandise ». L'Australie, les Pays-Bas, l'Allemagne, Taïwan, le Japon - tous ces pays ont des systèmes hybrides qui fonctionnent. Leur point commun n'est pas le mode de propriété. C'est l'universalité de la couverture et l'absence d'obstacles financiers.
4. La souffrance est profitable. Dans Fullmetal Alchemist, l'antagoniste Father crée un cercle de transmutation géant pour siphonner des millions d'âmes - parce que la souffrance humaine est le carburant de son ascension. L'industrie de la santé privée fonctionne sur le même principe : plus les gens sont malades longtemps, plus ils génèrent de profits. La prévention est un mauvais investissement pour un actionnaire. Une maladie chronique bien gérée, c'est une rente à vie.
5. Le « marché » ne peut pas résoudre un problème où le consommateur n'a pas le choix. Vous ne « magasinez » pas un chirurgien cardiaque quand vous avez une crise cardiaque. Vous ne comparez pas les prix des chimiothérapies sur Amazon. Le concept même de « consommateur de soins » est absurde - le patient n'est pas un client, c'est une personne qui a besoin d'aide, immédiatement, sans conditions.
Le socialisme en santé n'est pas une utopie. C'est le nom qu'on donne à l'idée que tu ne devrais pas avoir à faire un GoFundMe pour payer ta chimio. Et le fait que cette phrase soit politique est un arrêt de mort pour des milliers de personnes chaque année.
Mythe 8 : « L'immigration surcharge le système de santé »
Ce qu'on nous dit
« Avec tous ces immigrants qui arrivent, les hôpitaux sont débordés. Ils viennent ici pour profiter de notre système gratuit. On ne peut pas accueillir toute la misère du monde, surtout quand nos propres citoyens n'arrivent pas à voir un médecin. »
La réalité
Ce mythe est le crossover parfait entre xénophobie et privatisation - deux peurs instrumentalisées pour une seule conclusion : fermer les frontières et ouvrir le marché. Il est triplement faux.
1. Les immigrants ne « profitent » pas du système - ils y accèdent à peine.
Les migrants sans statut, les demandeurs d'asile, les travailleurs temporaires et leurs familles sont largement exclus de l'assurance-maladie canadienne. Chaque province gère son propre régime, et les critères d'éligibilité sont un labyrinthe : période d'attente de 3 mois pour les résidents permanents, couverture partielle ou inexistante pour les demandeurs d'asile, exclusion totale pour les personnes sans statut.
Résultat documenté (BMC Health Services Research, 2023) : les immigrants non assurés évitent les soins jusqu'à l'urgence vitale. Ils se présentent aux urgences au stade avancé de maladies qui auraient été traitables en prévention - diabète gangrené, cancers métastatiques, infections septiques. Ce n'est pas de l'abus. C'est de l'exclusion meurtrière.
2. La peur de la déportation tue.
Même quand des soins sont théoriquement accessibles, la peur du contrôle de statut, de la détention, ou de l'expulsion empêche les immigrants d'entrer dans un hôpital. Les politiques locales « inclusives » (comme l'accès sans égard au statut à Toronto ou Vancouver) échouent en pratique parce que la peur persiste (International Health Trends and Perspectives, 2023).
Imaginez : vous avez une douleur thoracique. Vous savez qu'aller à l'hôpital pourrait vous faire expulser. Vous attendez. Cette attente tue. Et le mythe dit que « ces gens profitent du système ».
3. Les immigrants sont le personnel soignant.
Environ 25 % des travailleurs de la santé au Canada sont nés à l'étranger - infirmières, préposé·e·s aux bénéficiaires, aides-soignant·e·s, médecins formés à l'étranger (Statistique Canada, 2021). Sans eux, le système s'effondrerait demain. Ils nettoient les lits, changent les bassines, tiennent la main des mourants dans les CHSLD - et on les accuse de « surcharger » le système.
Le mythe de l'immigrant qui « profite » du système de santé est une inversion complète de la réalité : les immigrants font tourner le système qu'on les accuse de surcharger, pendant qu'on les exclut des soins qu'ils prodiguent aux autres.
Les causes structurelles : pourquoi le système craque
1. Le sous-financement organisé
Le Canada dépense moins que la moyenne OCDE pour la santé en pourcentage du PIB (12,2 % vs 12,9 %) - mais la vraie anomalie est la répartition : on finance bien les hôpitaux et les médecins spécialistes, mais très mal les soins primaires, la prévention, la santé mentale et le soutien à domicile. C'est le modèle « sauver les gens après qu'ils tombent, ne jamais les rattraper avant ».
2. La financiarisation des soins
Depuis les années 1990, des chaînes de cliniques privées, des fonds d'investissement et des REITs de santé entrent dans le système de santé canadien comme dans un marché. Des cliniques de chirurgie privées facturent la RAMQ tout en versant des dividendes à des actionnaires. Des agences de placement louent des infirmières à 200 $/heure à l'hôpital public - alors que le même hôpital les paie 45 $/heure en interne. La différence ? Elle sort du système public et va aux actionnaires de l'agence.
3. Le numerus clausus et le plafonnement de la formation
Comme expliqué, la France a plafonné la formation médicale pendant 50 ans, et le Québec l'a imité sous d'autres formes. On a formé « juste assez » de médecins pour créer une pénurie permanente, devenue un argument pour privatiser.
4. La dépendance au privé dans la chaîne d'approvisionnement
Médicaments, équipements, logiciels, agences de placement : le système public dépend de fournisseurs privés qui fixent leurs prix. Quand un seul fabricant contrôle un médicament essentiel, il peut fixer le prix qu'il veut. Le Canada est le seul pays du G7 sans organisme public d'approvisionnement pharmaceutique à grande échelle - les prix sont négociés par province, ce qui affaiblit tout le monde.
5. L'inégalité comme maladie
Le gradient de santé à Montréal est brutal : 10 ans d'écart d'espérance de vie entre quartiers riches et pauvres. Ce n'est pas la génétique - c'est le logement insalubre, la pollution industrielle, le stress chronique de la précarité, l'accès moindre à la nourriture saine. Le système de santé ne peut pas réparer ce que le marché immobilier et le marché du travail brisent.
Comment le capitalisme fabrique la maladie - puis vend le remède
C'est le mécanisme central, celui qui explique tout le reste. Le capitalisme en santé fonctionne sur un modèle économique qui serait considéré comme criminel dans n'importe quelle autre industrie : créer la dépendance, en extraire la rente, et appeler ça de l'innovation.
Décortiquons les cinq boucles.
Boucle 1 : Court terme - « Manger ou se soigner »
Le niveau le plus immédiat. Le plus brutal. Et le plus largement documenté.
Au Canada, près de 1 personne sur 4 (22 %) a déclaré en 2024 avoir fractionné des pilules, sauté des doses ou abandonné une ordonnance pour des raisons de coût (sondage Léger pour la Fondation des maladies du cœur, 2024). Une pilule pour le cœur fractionnée, c'est un AVC évitable. Un antibiotique pas fini, c'est une résistance bactérienne. Une ordonnance jamais remplie, c'est une mort en différé.
Aux États-Unis, l'absurdité atteint des proportions dystopiques : 100 millions d'Américains ont une dette médicale - 220 milliards de dollars au total. 14 millions doivent plus de 1 000 $. 3 millions doivent plus de 10 000 $ (KFF, 2024).
Les factures médicales restent la première cause de faillite personnelle aux États-Unis. Et pour celles et ceux qui ne font pas faillite, la solution, c'est le GoFundMe - plus de 200 000 campagnes de financement médical par an. Des gens qui mendient leur chimio sur Internet.
Imaginez une société où votre survie dépend de votre capacité à écrire un texte assez déchirant pour convaincre des inconnus de vous envoyer 5 $. Ce n'est pas une dystopie. C'est les États-Unis en 2026.
Et le Canada ne suit pas très loin derrière : environ 20 % des Canadiens n'ont pas de couverture adéquate pour leurs médicaments sur ordonnance. On ne fait pas (encore) faillite à cause d'une chirurgie - mais on saute des doses d'insuline. Ce qui revient au même, juste plus lentement.
Boucle 2 : Moyen terme - Éviter les soins, aggraver la maladie
Si aller chez le médecin coûte 200 $, on y va pas. Si l'arrêt de travail pour un rendez-vous coûte une demi-journée de salaire, on y va pas. Si la liste d'attente est de 28 semaines, on abandonne.
Les conséquences à moyen terme sont exponentielles :
- Une dent cariée qu'on ne fait pas soigner → infection → abcès → septicémie → décès. Des gens meurent de caries dentaires en Amérique du Nord en 2026.
- Une tension artérielle non diagnostiquée → AVC à 55 ans → invalidité permanente → perte d'emploi → perte de logement.
- Un cancer dépisté tard parce qu'on n'avait pas de médecin de famille → métastases → chimiothérapie lourde → survie à 5 ans divisée par 3.
Chaque dollar non dépensé en prévention coûte 10 dollars en soins curatifs. Et le système capitaliste adore ça - parce que les soins curatifs, c'est là que les marges sont les plus élevées. La prévention, c'est gratuit. La chirurgie cardiaque, c'est 50 000 $.
Le système n'est pas inefficace. Il est parfaitement optimisé - pour extraire le maximum de profit de chaque maladie non prévenue.
Boucle 3 : Long terme - La santé liée à l'emploi, ou l'art de vous tenir par le portefeuille
C'est peut-être l'absurdité la plus normalisée du capitalisme : votre accès aux soins dépend de votre employeur.
Aux États-Unis, ~55 % de la population est couverte par une assurance liée à l'emploi. Vous perdez votre job, vous perdez votre assurance. Vous avez un cancer et votre employeur vous vire ? Vous perdez votre couverture. Au milieu du traitement.
Le Canada n'a pas ce problème pour les soins de base (merci Tommy Douglas), mais il l'a pour les médicaments, les soins dentaires, la physiothérapie, la santé mentale. Votre assurance collective couvre vos antidépresseurs ? Changez d'emploi et vous avez 90 jours de carence. Pendant ce temps, le sevrage brutal d'antidépresseurs peut provoquer des idées suicidaires.
La santé liée à l'emploi, c'est un dispositif de contrôle social. Vous ne pouvez pas quitter un emploi toxique parce que votre enfant asthmatique a besoin de sa pompe. Vous ne pouvez pas lancer votre entreprise parce que vous avez besoin de l'assurance médicaments. Vous ne pouvez pas prendre votre retraite parce que vos couronnes dentaires coûtent 5 000 $.
C'est le capitalisme dans sa forme la plus pure : je te donne de quoi survivre, et en échange, tu fais ce que je dis. Le féodalisme avait les chaînes. Le capitalisme a l'assurance collective.
Boucle 4 : Fabriquer le problème, breveter la solution, maximiser la rente
Voici comment le secteur privé « innove » en santé :
Étape 1 : Créer le problème. L'industrie alimentaire (sucre, aliments transformés, marketing ciblé vers les enfants) fabrique une épidémie d'obésité et de diabète de type 2. Aux États-Unis, 42 % des adultes sont obèses. Pas par manque de volonté - parce que le sirop de maïs est subventionné et moins cher que les légumes frais.
Étape 2 : Vendre la solution à prix d'or. Novo Nordisk et Eli Lilly vendent l'Ozempic et le Wegovy - des médicaments anti-obésité - pour 900 $ à 1 400 $ par mois. Coût de production estimé : 5 $ par mois (étude BMJ, 2024). Marge : plusieurs milliers de pourcents.
Étape 3 : Breveter pour empêcher la concurrence. Les brevets pharmaceutiques durent 20 ans. Pendant ce temps, personne ne peut fabriquer de générique. Le médicament qui coûte 5 $ à produire est vendu 100× ou 200× son prix. Quand le brevet expire, on modifie une molécule inerte et on rebrevète pour 20 ans.
Étape 4 : Acheter les régulateurs. Aux États-Unis, l'industrie pharmaceutique dépense ~300 millions $ par an en lobbying fédéral - plus que n'importe quel autre secteur (OpenSecrets, 2024). Le résultat : Medicare n'a pas le droit de négocier les prix des médicaments (jusqu'à la réforme limitée de 2022). L'insuline, inventée en 1921 par des chercheurs canadiens qui ont cédé le brevet pour 1 $ pour que tout le monde y ait accès, se vend aujourd'hui 300 $ le flacon.
Étape 5 : Quand les gens meurent quand même, les blâmer. « C'est un problème de compliance du patient. » « Les gens ne prennent pas leurs médicaments. » « L'obésité est un choix de vie. »
Ce n'est pas de l'innovation. C'est un business model où le produit, c'est la souffrance, et le client, c'est un otage.
Boucle 5 : Privatiser la prestation en gardant le financement public
C'est la stratégie la plus insidieuse parce qu'elle est invisible : l'État continue de payer, mais des entreprises privées encaissent. Résultat : les coûts augmentent, la qualité baisse, et les profits sortent du système.
Exemples concrets :
- Agences de placement d'infirmières : une infirmière gagne 45 $/h à l'hôpital public. L'agence privée facture 200 $/h à ce même hôpital. L'infirmière touche 60 $/h via l'agence. L'agence empoche 140 $/h. L'hôpital, qui ne peut pas refuser (pénurie), paie 4× le prix normal.
- Partenariats public-privé (PPP) pour les hôpitaux : des consortiums privés construisent et entretiennent des hôpitaux publics avec des contrats de 30 ans. Résultat documenté au Québec (CHUM, CHU Sainte-Justine) : dépassements de coûts de 50-100 %, paiements annuels qui gonflent les budgets d'exploitation pendant des décennies.
- Cliniques privées de chirurgie : elles prennent les chirurgies simples et rentables (cataractes, genoux, hanches) et laissent les cas complexes et non-rentables au public.
On appelle ça un « partenariat ». C'est un parasitisme. Le public assume le risque, le privé prend le profit, et quand ça casse, c'est la faute du public.
Le cercle vicieux : la mort comme produit dérivé
Si on file la métaphore : le capitalisme de la santé, c'est un train fantôme. On vous fait peur (crise cardiaque potentielle), on vous vend des billets pour chaque wagon (consultation, test, ordonnance, chirurgie, médicament à vie), et à la sortie, vous êtes soit guéri (mauvais client), soit malade chronique (client fidèle), soit mort (plus client du tout - mais d'autres attendent dans la file).
Le « sweet spot » - le point idéal - c'est la maladie chronique stable. Un diabète bien géré, une hypertension contrôlée, une dépression maintenue à flot. Assez malade pour consommer des soins toute sa vie, mais pas assez pour mourir et arrêter de payer. Chaque patient chronique, c'est un abonnement mensuel de 500 $ à 2 000 $ de médicaments, pour toujours.
Dans un système capitaliste, votre guérison complète est une perte de revenu. Votre mort prématurée est une perte de client. Votre maladie chronique stable, c'est le produit parfait.
Et ce système se défend tout seul. L'industrie du tabac a caché les dangers de la cigarette pendant 40 ans. L'industrie du sucre a financé des études pour blâmer le gras. Les opioïdes (OxyContin, Purdue Pharma) ont créé une épidémie de dépendance en mentant aux médecins - 500 000 morts aux États-Unis en 20 ans. Et à chaque fois, la même entreprise ou sa descendante vend le traitement de la maladie qu'elle a créée.
Ce n'est pas un bug. C'est le business model.
Les conséquences à court, moyen et long terme - synthèse
| Horizon | Mécanisme | Conséquence |
|---|---|---|
| HorizonCourt terme (0-2 ans) | MécanismeRationnement par le prix : choisir entre payer son loyer et remplir son ordonnance | ConséquencePilules fractionnées, doses sautées, AVC et crises cardiaques évitables |
| HorizonCourt terme | MécanismeFrein à consulter : 200 $ la visite au privé, 28 semaines d'attente au public | ConséquenceMaladies détectées trop tard, passage aux urgences en état critique |
| HorizonMoyen terme (2-10 ans) | MécanismeAggravation par retard : pas de médecin de famille, pas de dépistage | ConséquenceCancers métastatiques, maladies chroniques non gérées, invalidités permanentes évitables |
| HorizonMoyen terme | MécanismeDette médicale et faillite personnelle | ConséquencePerte de logement, divorce, dépression, suicide. La maladie rend pauvre, la pauvreté rend malade. |
| HorizonLong terme (10-30 ans) | MécanismeSanté liée à l'emploi : rester dans un job toxique pour les assurances | ConséquenceStress chronique, épuisement, maladies professionnelles - nouvelle source de profits |
| HorizonLong terme | MécanismeSous-investissement en prévention : rentabilité des soins curatifs vs préventifs | ConséquenceLa population entière est plus malade, l'espérance de vie en bonne santé recule |
| HorizonStructurel | MécanismeLobbying pharmaceutique et capture réglementaire | ConséquenceLes lois protègent les brevets, pas les patients. Les prix ne baissent jamais. |
| HorizonStructurel | MécanismeFabriquer le problème → breveter la solution → blâmer la victime | ConséquenceL'industrie alimentaire crée l'obésité, la pharma vend l'Ozempic, le gouvernement dit « mangez mieux » |
Court terme (0-2 ans)
Court terme
Moyen terme (2-10 ans)
Moyen terme
Long terme (10-30 ans)
Long terme
Structurel
Structurel
Le programme pour Montréal : 7 propositions concrètes
1. Plan de recrutement et de formation massif (anti-numerus clausus)
Objectif : doubler les places en médecine de famille et en soins infirmiers sur 10 ans.
- Augmenter les admissions en médecine de 3 000 à 6 000 places/an au Québec d'ici 2035
- Créer des bourses d'engagement : scolarité gratuite en échange de 5 ans de service dans un CLSC ou une région
- Programme de reconnaissance accélérée pour les médecins immigrés (les « super-numérus » - ironie de l'histoire, on a déjà l'oeil)
- Obligation de service public : tout nouveau médecin doit exercer 5 ans dans le public avant de pouvoir s'établir au privé (recommandation du Collège des médecins du Québec)
2. Suppression des intermédiaires parasites
Objectif : éliminer les primes de profit dans la chaîne de soins.
- Interdire les agences de placement privées à but lucratif pour les infirmières - embaucher directement à 60 $/heure au lieu de 200 $/heure
- Créer une centrale d'approvisionnement public pour les médicaments, avec la France, l'Allemagne et le Benelux (achat en commun = prix 40-60 % plus bas)
- Interdire la publicité pharmaceutique directe au consommateur (comme en France et dans l'Union européenne)
3. Redéploiement massif vers le primaire et la prévention
Objectif : sortir le système du mode « pompier » vers le mode « dentiste ».
- 1 000 nouveaux médecins de famille affectés à des « CLSC renforcés » avec travailleurs sociaux, nutritionnistes, psychologues
- Infirmières praticiennes spécialisées autonomes dans chaque quartier (modèle du programme des « infirmières cliniciennes » de l'Ontario, étendu)
- Cliniques de dépistage mobiles pour les quartiers défavorisés (dépistage du diabète, du cancer du col, de la tension artérielle)
- Équipes mixtes : 1 médecin + 3 infirmières + 1 nutritionniste + 1 travailleur social + 1 pharmacien par 5 000 habitants
4. Assurance médicaments publique universelle (régime unique)
Objectif : un régime d'assurance-médicaments public, à payeur unique, pour tous.
- Fusionner les régimes publics et les assurances privées en un seul régime public
- Rembourser 100 % des médicaments essentiels (liste de l'OMS)
- Négocier les prix en monopsone : le Canada, avec ses 40 millions d'habitants, peut obtenir les mêmes prix que la France ou l'Australie s'il négocie en bloc
- Le coût est estimé à ~15 G$/an - financé par les cotisations existantes + taxes sur les profits des grandes pharmaceutiques
5. Soins à domicile et longue durée gratuits
Objectif : sortir les personnes âgées du modèle « hébergement privé à 4 000 $/mois ».
- 10 000 places de soins à domicile publics d'ici 2030
- CHSLD publics : plafonner le coût pour les résidents à 20 % du revenu
- Programme de « maison intergénérationnelle » subventionnée pour le maintien à domicile
6. Démocratisation de la gouvernance
Objectif : que les patients et les soignants décident, pas les consultants.
- Conseils d'administration d'hôpitaux avec des sièges élus pour les patients, les syndicats, les comités de usagers
- Budgets participatifs dans les CIUSSS (min. 10 % du budget discrétionnaire)
- Publication obligatoire de tous les contrats avec le privé (agences, consultants, cliniques) sur un portail ouvert
7. Santé comme droit constitutionnel
Objectif : inscrire la santé dans la Charte, pour protéger contre les privatisations futures.
- Amender la Loi canadienne sur la santé pour clarifier l'interdiction de la facturation parallèle, avec sanctions automatiques (réduction des transferts) en cas de violation
- Charte québécoise : ajouter le droit à la santé à la Charte des droits et libertés de la personne
- Créer un Commissaire à la santé indépendant avec pouvoir d'enquête et de sanction
Le lien avec nos simulateurs
La crise de la santé n'est pas un accident isolé. Elle est connectée à tous les mécanismes de redistribution que notre simulateur économique Québec/Canada modélise :
| Domaine | Simulateur | Lien avec la santé |
|---|---|---|
| DomaineFiscalité | SimulateurImpôt sur la fortune | Lien avec la santéTaxer la fortune > 2 M$ finance la prévention et les soins primaires |
| DomaineEntreprises | SimulateurIRP (Impôt de Répartition) | Lien avec la santéTaxer la part capital décourage l'extraction de profits des cliniques privées |
| DomaineRevenu | SimulateurIUR (Impôt Unique sur le Revenu) | Lien avec la santéFinancer l'assurance-médicaments publique sans impôt sur le travail |
| DomaineRevenu | SimulateurCSGU (Cotisation Sociale Universelle) | Lien avec la santéUn salaire à vie libère les gens de la peur de perdre leur job en cas de maladie |
| DomaineEmploi | SimulateurGarantie d'Emploi | Lien avec la santéEmployer les « bras cassés » du système : prévention, accompagnement |
| DomaineFoncier | SimulateurNationalisation partielle | Lien avec la santéHôpitaux publics construits sur des terrains publics = pas de loyer spéculatif |
| DomaineDémocratie | SimulateurDépolitisation | Lien avec la santéRéduire le lobbying des pharmaceutiques et des cliniques privées |
| DomaineLogement | Simulateur(futur module) | Lien avec la santéLe logement insalubre cause les 10 ans d'écart d'espérance de vie |
Fiscalité
Entreprises
Revenu
Revenu
Emploi
Foncier
Démocratie
Logement
Un futur module « Simulateur de Santé » est en préparation. Il modélisera l'impact de :
- La scolarité gratuite en médecine vs le numerus clausus
- L'assurance-médicaments publique vs le modèle hybride actuel
- Le redéploiement vers la prévention vs les soins curatifs
- La nationalisation des soins à domicile vs les CHSLD privés
Avec des curseurs pour visualiser l'effet sur les listes d'attente, les décès évitables, et le coût par habitant.
Conclusion
En 1962, les médecins de la Saskatchewan ont fait la grève contre l'assurance-maladie publique. Ils ont perdu, et le Canada en est sorti meilleur. Aujourd'hui, le même combat se rejoue entre ceux qui veulent soigner et ceux qui veulent profiter.
La santé n'est pas un marché. Ce n'est pas un produit, ce n'est pas un service, ce n'est pas une marchandise. C'est un droit. Et comme tout droit, il se conquiert par le rapport de force politique, pas par la bonne volonté des actionnaires.
Le système canadien ne fait pas faillite parce qu'il est public. Il fait faillite parce qu'on l'a affamé pour le privatiser. Et la solution n'est pas de privatiser davantage - c'est de financer, de former, de prévenir, et de démocratiser.
La santé publique est un échec ? Non. Elle est une promesse qu'on a cessé de tenir.
La question n'est pas « combien coûte la santé publique ? » - c'est « combien coûte la maladie au profit privé ? »
« Nous nous réveillons chaque matin avec la conviction que tout ce qui est nécessaire pour que la santé devienne un droit, c'est que nous décidions collectivement qu'elle l'est. »
- Adapté de Tommy Douglas, le père de l'assurance-maladie canadienne
Sources :
Données canadiennes et québécoises
- Fraser Institute (2025). « Waiting Your Turn: Wait Times for Health Care in Canada, 2025 »
- SecondStreet.org (2025). « 23,746 Patients Died on Waitlists in Past Year » (données d'accès à l'information)
- ICIS / CIHI (2025). « Wait Times for Priority Procedures in Canada »
- CBC / Radio-Canada (2024). « Quebecers went to the ER and left without care in 2024 »
- Montreal Gazette (2024). « Quebec doctors are abandoning the public system in record numbers »
- Santé publique Montréal (2024). Rapport sur les inégalités sociales de santé
- Fondation du Grand Montréal (2024). « Iniquités territoriales »
France et numerus clausus
- Vie-Publique (2025). « Loi Neuder sur les études de médecine »
- DREES (2025). « Démographie des professions de santé en France »
Comparaisons internationales
- OECD (2025). « Health at a Glance 2025 »
- Commonwealth Fund (2024). « Mirror, Mirror 2024: A Portrait of the Failing U.S. Health System »
- Commonwealth Fund (2024). « Taiwan: International Health Care System Profiles »
- Annals of Internal Medicine (2020). « Health Care Administrative Costs in the US and Canada », Himmelstein et al.
Privatisation et preuves
- Canadian Medical Association (2024). « Public and private health care in Canada »
- PMC / CMAJ (2006). « A parallel private-pay system will worsen access to publicly funded surgery »
- Ontario Health Coalition. « Eroding Public Medicare: For-Profit MRI/CT Clinics across Canada »
- Globe and Mail (2025). « Alberta Bill 11: public-private health care model breaches Canada Health Act »
Pharmaceutiques et financiarisation
- Federal Trade Commission (2024). « FTC sues prescription drug middlemen for artificially inflating insulin prices »
- Annals of Internal Medicine (2013). « Hospital Administrative Costs in Eight Nations », Health Affairs
- Hardman & Co (2024). « 2024 Pharma Statistics »
- Fierce Pharma (2024). « Top 20 Pharma Companies 2024 Revenue »
Histoire
- The Canadian Encyclopedia. « Saskatchewan Doctors' Strike (1962) »
- Parks Canada (2025). « Government recognizes the Saskatchewan Doctors' Strike of 1962 »
Cadres conceptuels
- The Lancet (2023). « Commercial Determinants of Health »
- BMJ Global Health (2023). « Capitalogenic Disease »
- Social Science & Medicine (2020). « Global capitalism as a societal determinant of health »
Dernière mise à jour : 4 septembre 2026. Document vivant - signalez-nous des données, études ou exemples pertinents.