L'impérialisme n'est pas mort : guerre, pillage et domination
900 milliards par an pour l'armée américaine, des bases dans 80 pays, des dizaines de gouvernements renversés depuis 1945. L'impérialisme n'a pas disparu avec les colonies : il a changé de forme. Voici ses masques (guerre, coups d'État, sanctions, dette) et la stratégie pour le défaire.
- Ce qu'est l'impérialisme
- Les formes de l'impérialisme moderne
- Ce qu'on nous dit / La réalité
- Mythe 1 : « C'est pour défendre la démocratie et les droits humains »
- Mythe 2 : « La guerre est nécessaire pour l'économie »
- Mythe 3 : « C'est de la géopolitique, trop compliqué pour nous »
- La stratégie anti-impérialiste
- Explorez dans le simulateur
Les États-Unis dépensent environ 900 milliards de dollars par an pour leur armée - plus que les dix pays suivants réunis. Ils possèdent des bases militaires dans plus de 80 pays. Et depuis 1945, ils ont renversé, envahi ou bombardé des dizaines de gouvernements, du Chili à l'Irak, du Vietnam à la Libye. Ce n'est pas de la « défense » : c'est de l'impérialisme.
Ce blog se dit anti-impérialiste. Cette note explique ce que ça veut dire, d'où vient l'impérialisme, et pourquoi il n'est pas « mort » avec les colonies - il a juste changé de forme.
Ce qu'est l'impérialisme
Lénine l'a défini en 1916 dans L'Impérialisme, stade suprême du capitalisme : quand le capitalisme arrive à maturité, il ne se contente plus de produire - il doit s'étendre. Le capital concentré, devenu « capital financier », cherche partout de nouveaux marchés, de nouvelles matières premières, de nouvelles terres à exploiter. Et il le fait par la force : guerres, invasions, coups d'État, sanctions.
David Harvey, un siècle plus tard, a donné un nom au mécanisme : l'« accumulation par dépossession ». Le capital ne crée pas seulement de la richesse - il en prend. La privatisation, la dette, les guerres, la spéculation : autant de façons de déposséder des peuples de leurs terres, de leurs ressources, de leurs vies. (Voir notre note sur la clôture des communs.)
Les formes de l'impérialisme moderne
L'impérialisme n'a pas disparu avec la décolonisation. Il a changé de costume :
1. La guerre et le « complexe militaro-industriel ». Eisenhower l'a nommé en 1961, en quittant la présidence : une alliance entre l'armée, l'industrie de l'armement et le Congrès, dont l'intérêt est la guerre permanente. Un État qui dépense 900 milliards pour son armée a besoin d'ennemis - réels ou fabriqués.
2. Les coups d'État et les ingérences. Iran 1953, Guatemala 1954, Chili 1973, et bien d'autres : quand un gouvernement menace les intérêts du capital (en nationalisant, en redistribuant), il est renversé - souvent avec l'aide des services secrets occidentaux.
3. Les sanctions économiques. Elles tuent sans bombes : au Venezuela, en Iran, à Cuba, à Gaza - des populations entières privées de médicaments, de nourriture, de vie, pour punir leurs gouvernements. La sanction est une arme de guerre, déguisée en « pression diplomatique ».
4. La dette. Le Sud global est endetté auprès du FMI et des créanciers privés, et la dette sert de levier : en échange de prêts, on impose l'austérité, la privatisation, l'ouverture des marchés. (Voir notre note sur la charité et la dette.)
5. Le génocide en cours. La Palestine est aujourd'hui le cas le plus visible : un peuple colonisé, assiégé, bombardé - et soutenu par les puissances occidentales qui fournissent les armes. L'impérialisme n'est pas une abstraction : c'est une politique qui tue, ici et maintenant.
Ce qu'on nous dit / La réalité
Mythe 1 : « C'est pour défendre la démocratie et les droits humains »
Ce qu'on nous dit : les interventions occidentales apportent la liberté et la démocratie.
La réalité : l'histoire montre l'inverse - des démocraties renversées (Chili 1973, Iran 1953), des dictateurs installés et soutenus, des millions de morts. Le prétexte « humanitaire » sert à habiller la prédation. La guerre contre la Libye (2011) a détruit un pays, pas « apporté la démocratie ».
Mythe 2 : « La guerre est nécessaire pour l'économie »
Ce qu'on nous dit : l'industrie de l'armement crée des emplois, la guerre stimule l'économie.
La réalité : l'armement est un gaspillage massif. 900 milliards par an, c'est autant qui n'est pas investi dans la santé, l'éducation, le logement. La « prospérité » militaire est une destruction déguisée en croissance : on produit des armes au lieu de produire du bien-être.
Mythe 3 : « C'est de la géopolitique, trop compliqué pour nous »
Ce qu'on nous dit : l'impérialisme, c'est l'affaire des États, des diplomates, des experts.
La réalité : l'impérialisme est notre affaire. Il est financé par nos impôts, mené en notre nom, et il appauvrit et tue partout - y compris chez nous (l'austérité « justifiée » par les dépenses militaires). Le comprendre, c'est le premier pas pour le refuser.
La stratégie anti-impérialiste
1. Dénoncer et désinvestir. Sortir de l'OTAN, fermer les bases, réduire les dépenses militaires - et réinvestir dans le soin, le logement, la santé.
2. Soutenir la souveraineté des peuples. Contre les coups d'État et les sanctions : le droit des peuples à disposer d'eux-mêmes, sans ingérence.
3. Annuler la dette du Sud global. La dette est une arme ; l'annulation est une libération. (Le jubilé, encore une fois.)
4. La solidarité internationale des travailleur·euse·s. L'impérialisme divise les peuples (nous contre eux) ; la solidarité les unit. Aucune guerre n'est « juste » quand elle sert le capital.
5. Comprendre que l'ennemi est un système, pas un peuple. L'impérialisme n'est pas « les Américains » ou « l'Occident » : c'est le capitalisme, qui a besoin de s'étendre pour survivre. Le combattre, c'est combattre le capital - partout, y compris chez soi.
L'impérialisme n'est pas une politique étrangère parmi d'autres. C'est le visage extérieur du même système qui, à l'intérieur, affame les services publics, privatise les communs et divise les gens. Le défaire, c'est défaire le capitalisme lui-même.
Explorez dans le simulateur
Notre simulateur modélise la réaffectation du budget militaire vers le soin, l'éducation et le logement. Activez ce levier et observez ce que devient une société qui cesse de financer la guerre.
Il n'y a pas de « guerre juste » sous le capitalisme. Il n'y a que des peuples sacrifiés au profit.
Sources : Lénine, L'Impérialisme, stade suprême du capitalisme (1916) · Harvey, Le Nouvel Impérialisme (2003, accumulation par dépossession) · Eisenhower, discours d'adieu (1961, « complexe militaro-industriel ») · SIPRI, Military Expenditure Database (~900 G$/an, 80+ pays) · Fanon, Les Damnés de la terre (1961) · Klein, La Stratégie du choc (2007, coups d'État et chocs) · Chomsky, L'Impérialisme · Robespierre / Jaurès, contre la guerre.