La nationalité n'est pas une nature : citoyenneté, naturalisation, et la fin des frontières
Naître ici ou là-bas décide de tout : où tu peux vivre, travailler, être soigné. La nationalité est une fiction juridique qui trie les humains en « citoyens » et « étrangers ». Voici ce qu'elle est, ses mythes, et l'idée de l'abolir.
- La nationalité : une invention récente et violente
- La naturalisation : la porte étroite
- Ce qu'on nous dit / La réalité
- Mythe 1 : « La nationalité est naturelle, on est né français ou canadien »
- Mythe 2 : « La nationalité garantit l'égalité entre citoyens »
- Mythe 3 : « Sans nationalité, ce serait le chaos »
- La stratégie : abolir la nationalité, libérer la mobilité
- Explorez dans le simulateur
Où tu es né·e décide de tout : où tu peux vivre, travailler, te soigner, voter, exister légalement. Cette ligne invisible s'appelle la nationalité. On nous la présente comme une évidence naturelle - « je suis Français », « je suis Canadienne », comme on dirait « je suis grand » ou « j'ai les yeux bruns ». C'est faux : la nationalité est une fiction juridique, inventée, imposée, et qui trie les humains. Cette note complète notre note sur les frontières.
La nationalité : une invention récente et violente
La nationalité - l'appartenance légale à un État - n'a rien de naturel. Elle est une invention de l'État moderne, née avec la bureaucratie, les passeports et les frontières. Avant elle, on appartenait à une communauté, une ville, un clan, une religion - des appartenances multiples et mouvantes, pas une carte d'identité.
La nationalité a une fonction précise : trier. Elle sépare les « citoyens » (qui ont des droits) des « étrangers » (qui en ont moins, ou aucun). Elle transforme le hasard de la naissance en destin : naître du bon côté de la frontière, c'est gagner à la loterie de la vie ; naître du mauvais côté, c'est en être exclu.
La naturalisation : la porte étroite
La naturalisation - le processus par lequel un·e étranger·ère devient citoyen·ne - est présentée comme une « ouverture ». En réalité, c'est une porte étroite : des années d'attente, des milliers d'euros de frais, des conditions de revenu, de langue, de « bonne conduite ». On ne « devient » pas citoyen : on achète le droit d'exister, au prix d'une loyauté démontrée.
Et pour celles et ceux qui échouent, ou qui ne peuvent pas, il reste l'apatridie : des millions de personnes sans nationalité, privées de tout droit, de toute existence légale - des fantômes administratifs. (Voir notre note sur les frontières.)
Ce qu'on nous dit / La réalité
Mythe 1 : « La nationalité est naturelle, on est né français ou canadien »
Ce qu'on nous dit : c'est une identité, une essence.
La réalité : la nationalité est une construction juridique récente, pas une essence. Elle change avec les frontières (des peuples entiers ont changé de nationalité sans bouger), et elle est imposée - on ne la choisit pas à la naissance.
Mythe 2 : « La nationalité garantit l'égalité entre citoyens »
Ce qu'on nous dit : au moins, entre citoyens, on est égaux.
La réalité : la citoyenneté n'abolit pas les inégalités de classe, de race, de genre - elle les masque derrière une appartenance commune. Et elle sert surtout à exclure les étrangers de droits que le capital, lui, franchit librement (les capitaux n'ont pas de frontières ; les travailleur·euse·s, si).
Mythe 3 : « Sans nationalité, ce serait le chaos »
Ce qu'on nous dit : il faut bien des frontières et des papiers pour s'organiser.
La réalité : les humains se sont organisés sans nationalité pendant des millénaires - par des communautés, des villes, des réseaux. La nationalité n'est pas la condition de l'organisation : c'est un outil de contrôle. La liberté de circulation et la citoyenneté universelle sont des alternatives viables (et déjà esquissées par le droit d'asile, le droit international).
La stratégie : abolir la nationalité, libérer la mobilité
1. La citoyenneté pour toutes et tous. La régularisation universelle : des papiers pour toutes et tous, sans condition. La fin de l'apatridie.
2. La liberté de circulation. Le droit de se déplacer et de s'installer comme un droit humain, pas comme un privilège de naissance.
3. S'attaquer aux causes. Les gens fuient la guerre, la pauvreté, le climat - produits par l'impérialisme. Abolir les frontières passe par la fin de l'impérialisme (voir notre note).
4. Déconstruire le « citoyen/étranger ». La division entre « nous » (les citoyens) et « eux » (les étrangers) est une arme du capital pour diviser les exploité·e·s. La solidarité internationale des travailleur·euse·s la défait.
5. L'appartenance comme choix, pas comme destin. Des appartenances multiples et choisies (à une ville, une communauté, un projet), au lieu d'une nationalité unique et imposée.
La leçon est simple : on ne « naît » pas français, on est assigné français. La nationalité est une cage administrative qui trie les humains au profit des États et du capital. L'abolir, c'est libérer la mobilité - et reconnaître que notre seule vraie appartenance, c'est l'humanité.
Explorez dans le simulateur
Le module « immigration » de notre simulateur modélise l'ouverture des frontières et ses impacts. Activez-le et observez.
On ne naît pas d'une nationalité. On y est assigné.
Sources : Anderson, Imagined Communities (1983, la nation comme construction) · Arendt, Les Origines du totalitarisme (1951, l'apatridie) · Le passeport et l'histoire de la nationalité (Torpey, The Invention of the Passport, 2000) · La naturalisation (conditions, frais) · HCR, Les apatrides (millions) · Sharma, Home Rule (2020) · Balibar, Nous, citoyens d'Europe ? (2001).